Paradoxe Américain (suite)

8 mai 08 at 1:09 | In Vie politique, |Gilles | No Comments

Mme Clinton est d’accord avec l’idée, proposée par John McCain (le candidat Républicain à la présidence), de supprimer les taxes sur l’essence pendant l’été.

À mon avis Mme Clinton est tombée dans la démagogie ; plusieurs économistes ont en effet remarqué que les compagnies pétrolières ne baisseront pas les prix du pétrole à la pompe, prétextant de la rareté actuelle, et empocheront le montant de la réduction de taxe (0,18$ pour 4 litres, soit 10 milliards pour la période envisagée. Quant on lui a fait remarquer ces objections des économistes, elle a répondu : There are times that a president will take a position that a broad support of “experts” agree with. And there are times they will take a position that “experts” do not agree with.” Dans les milieux intellectuels américains, ceci est vu comme de l’anti-intellectualisme de la variété électoraliste.

Après les démêlés de Barack Obama avec les déclarations incendiaires [vidéo] du pasteur de sa paroisse, cette bourde d’Hillary Clinton ferait presque bien paraître John McCain.
 

Un an seulement…

6 mai 08 at 20:46 | In Actualité, |Françoise, |Gilles | No Comments

Les grands esprits se rencontrent… Françoise et moi avons réfléchi dans le même sens, hier, sans nous consulter, voici donc nos billets l’un à la suite de l’autre.
 

 
[Article de Françoise]

[…] j’ai bien conscience que dans les critiques qui me sont faites celle qui m’a le plus touché, celle qui m’interpelle le plus c’est celle qui voit une partie des Français se dire : au fond il fait une politique pour quelques-uns et pas pour tous. Si les Français croient ça, et ils ont raison de le croire, je dois en tirer les conséquences immédiates.
   — Nicolas Sarkozy¹

Un an de mobilisation, un an de travail, un an de réforme avec un président qui est un visionnaire.¹
 

Boulot
© F.

 
Un président visionnaire… du passé. La Droite n’a pas changée, ses partisans non plus. L’idéal des politiques de droite ? La société du XIXᵉ siècle, chacun à sa place, les riches en haut, les pauvres en bas. On s’arrangera pour supprimer le droit de grève, on privatisera l’État, l’Administration, l’Enseignement, l’Hôpital, on pratiquera une Laïcité Positive… Une vrai Réforme Moderne. On préservera et on augmentera pour les privilégiés leur privilèges, ce pourquoi le Peuple travaillera plus sans gagner plus.

Je ne résiste pas au plaisir de citer de grands penseurs français, qui ont été visionnaires en leur temps, eux aussi. Ainsi Mʳ Dutreil, qui fut secrétaire d’État aux PME, au Commerce, à l’Artisanat, aux Professions libérales et à la Consommation de 2002 à 2004, ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État en 2004, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat et des Professions libérales de 2005 à 2007, déclarait en 2004 :

« Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d’un retraité, c’est presque 75% du coût d’un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème. […] »²

Mʳ Denis Kessler que j’avais déjà cité, mais dont le discours édifiant mérite d’être rappelé, déclarait en 2007 :

« Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! […] la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette « architecture » singulière […] est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. […] Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. […] »³

Il est également fort instructif de lire les études de la Fondation Concorde² (qui compte entre autres, parmi ses membres, Guillaume Sarkozy). J’ai choisi quelques passages d’une publication du mois de Septembre 2007 :

« 54% du produit intérieur brut est aujourd’hui consacré à la dépense publique. La productivité de la dépense publique est-elle équivalente à celle de la dépense privée ? Quels moyens peut-on avoir d’améliorer cette productivité de la dépense publique ? Cette dépense est à 45% une dépense de rémunération de fonctionnaires. Ces dépenses d’administration trouvent pour l’essentiel leur source dans les territoires, dans l’enseignement supérieur, dans l’éducation et au ministère des Finances. Or on constate que de grands gisements de productivité existent y compris dans les territoires. […] »

« Substituer à l’empilement de commune, inter-communalité, département, région un couple commune/inter-communalité, département/région : les élus des conseils généraux enverraient des délégués former l’assemblée régionale. Il n’y aurait alors plus qu’une seule élection locale. Cela reviendrait à une fusion élective des départements et des régions. À cette occasion une petite dose locale de proportionnelle pourrait être envisagée. […] »

« Vendre les sous-préfectures et les remplacer par des boutiques de ville pour les services au public, boutiques qui s’autofinanceraient. […]

« En conformité avec le principe de subsidiarité, déléguer au privé toutes les tâches qui peuvent l’être, l’État se limitant à délivrer un agrément. […] »

« Vue de l’étranger, l’organisation de la société Française présente de nombreux archaïsmes. […] »

« Le système politique, lui même orienté vers une présidentialisation irrésistible, qui semble correspondre aux besoins du temps, n’a pas atteint tous ses équilibres. De son côté notre administration, hypertrophiée et monolithique, consomme des ressources humaines précieuses au détriment de la société civile. Elle devient un témoin lourd et encombrant du combat économique conduit pour l’essentiel par les hommes et les femmes d’entreprises de notre pays, dont désormais tout dépend. […] »

« Pourtant notre pays ne peut échapper aux règles élémentaires d’une bonne gestion et d’un budget équilibré. Il est impossible, par exemple, de dépenser plus si on travaille et gagne moins. Par ailleurs, on ne peut durablement compter sur les autres pour financer ses propres dépenses. C’est vrai pour tout le monde, vrai pour les Français et c’est vrai pour la France. Doit-on aussi rappeler que l’accueil sans discernement des déshérités de ce monde ne contribue pas au renforcement de la cohésion nationale ni d’ailleurs à la remontée du niveau de vie des Français les plus pauvres. […] »

« Un nouveau rôle pour les préfets : Accompagner la réduction de 36,000 à 12,000 du nombre de communes spécialement en zone rurale […] Le rôle des préfets délégués consisterait à expliquer aux élus locaux l’ensemble des enjeux et à mettre en évidence budget par budget les économies possibles […] »
 
On retrouvera de ces propositions, faites en 2007, dans le rapport de Mʳ Attali⁵. Rapport qui fut critiqué par bien des membres de l’UMP lors de sa présentation en Janvier 2008, mais qui semble de retour en grâce ces jours-ci.

Le 5 Mai 2008 Mʳ Fillon déplorait que La France a pris du retard, réformer est obligatoire. […] Si la réforme est si difficile dans notre pays, c’est parce qu’on a tellement attendu qu’aujourd’hui il faut tout faire en même temps. […] nous n’avons pas le choix, il faut réduire les dépenses de l’État pour retrouver de la croissance et retrouver l’équilibre des finances publiques. […] Je ne connais pas de moyen de réduire les dépenses de l’État sans réduire en même temps le nombre des fonctionnaires. Tout en se réjouissant malgré tout de ce qu’On a emmené les Français sur le terrain idéologique que nous souhaitions.
 

Ainsi donc, nous sommes bien, depuis l’élection de Mʳ Sarkozy, « sur le terrain idéologique » de la Droite. Exactement là où depuis des années elle veut nous mener. Cette Droite qui a ressassé à l’envie que la France sombre, qu’il n’y a pas d’autres solutions que celles qu’elle préconise. Mʳ Sarkozy qui — lapsus révélateur ? — reconnaît que certains Français ont raison de penser qu’il fait une politique pour quelques-uns et pas pour tous. La Droite « décomplexée », victorieuse et dominatrice, méprisant les serviteurs de la République, méprisant le Peuple. La Droite dure aux faibles, haîneuse aux étrangers⁶. La Droite qui ne réforme pas la France, mais qui veut la transformer pour la conformer aux idéaux du néo-libéralisme anglo-saxon. La Droite qui défigure la France au point que la majorité des Français ne s’y reconnaît plus. Et tout cela sans qu’une opposition crédible vienne changer la donne. Le Parti « Socialiste », le seul parti qui aurait pu enrayer cette évolution, a trahi depuis longtemps ses idéaux et ses électeurs.

Le 6 Mai 2007… Le 6 Mai 2008… Un an seulement ? Déjà un an de trop.

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1. Interview du 24 Avril 2008 à l’Élysée. On peut voir ce passage sur Tom’s Games.

Propos de Chantal Brunel, porte-parole de l’UMP, rapportées par l’AFP.

2. Renaud Dutreil, le 20 octobre 2004, cité par Bétapolitique et Le Grand Soir.

La Fondation Concorde se revendique politiquement indépendante. Cependant, quand Jacques Chirac était président de la République, certains la présentaient comme « le think tank le plus proche de l’Élysée ». Et Impulsion Concorde un groupe de réflexion dont l’ambition est d’interpeller les étudiants et jeunes actifs sur les problèmes de la France […] Impulsion Concorde est liée à la Fondation Concorde.

3. L’article de Denis Kessler du 4 octobre 2007 (devenu introuvable sur Challanges.fr qui l’avait diffusé en éditorial) est cité par l’Humanité.

4. Le rapport Quelques pistes pour réduire la dépense publique. Pour un grand audit de l’État. est téléchargeable sur le site de la Fondation.

5. Libération : Les députés de la majorité ont décidé de reprendre à leur compte une trentaine des mesures « iconoclastes » du rapport Attali.

6. À lire voir et entendre sur Rue89 : Benasayag : RESF marque une nouvelle forme d’engagement. Extraits :

« À l’origine de la théorie de l’effet miroir, il y a un coup de fil. Celui d’Anne, une amie du philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag. Elle l’appelle, un dimanche après-midi : enseignante dans un collège à Reims, elle voudrait qu’il reçoive dans sa consultation de pédopsychiatrie trois enfants congolais. Leur mère, enceinte, vit en France sans titre de séjour. Ils ont vécu une interpellation musclée à domicile et sortent tout juste de centre de rétention. Ils étaient scolarisés. Le plus jeune, 3 ans, a été menoté*. C’est cette histoire qui fait entrer Miguel Benassayag dans le giron du Réseau éducation sans frontières (RESF), dont il se décide à faire un objet de recherche. Avec la philosophe Angélique del Rey, il entreprend en effet un travail autour de l’engagement qui fonde le réseau. Pour Miguel Benasayag […] la société tout entière est traumatisée par la politique actuelle envers les migrants. Le psychanalyste argue en fait que les violences faites aux migrants portent atteinte non pas à ce qu’ils font mais à ce qu’ils sont. Dans cette mesure, la chasse aux sans-papiers et la politique du chiffre engendrent de profonds chocs psychologiques dans toute la société française qui n’en ressort pas indemne […] »

* Je souligne. On peut consulter la biographie de Miguel Benasayag sur Wikipédia.

N.B. On peut lire : RSA : prendre aux classes modestes pour donner aux pauvres un article de Patrick Savidan (Observatoire des inégalités). Extraits :

« La décision de financer le Revenu de solidarité active en puisant dans les financements prévus pour la Prime pour l’emploi illustre parfaitement la stratégie sociale du gouvernement. […] Selon Nicolas Sarkozy, le Revenu de solidarité active se fera en en maîtrisant les coûts parce qu’on va redéployer une partie de la Prime pour l’emploi. La formule est lapidaire et inquiétante. Ce qui se présente comme une simple manipulation comptable aurait en fait, si le projet devait être réalisé, des répercussions sociales majeures et ferait un peu plus éclater au grand jour la logique de l’action du chef de l’État : soulager les couches favorisées, offrir une maigre compensation aux plus démunis en prélevant sur les classes moyennes. Cette proposition doit être mise en perspective. Elle s’inscrit dans un contexte social que contribuent à définir deux faits majeurs : Le premier concerne les bénéficiaires de la réforme fiscale voulue par Nicolas Sarkozy. Hormis la défiscalisation des heures supplémentaires qui, en principe, peut bénéficier à tous les salariés, le paquet fiscal voté durant l’été 2007 aura surtout pour effet de soustraire encore davantage à l’impôt les foyers les plus privilégiés. […] En tout état de cause, choisir de renforcer les effets insuffisamment redistributifs du système social français, en invitant les actifs les plus modestes à financer l’effort nécessaire de solidarité, alors que, dans le même temps, le paquet fiscal va rapporter aux seuls foyers les plus aisés près de 4,5 milliards d’euros, c’est affirmer, de manière claire et nette, une préférence résolue pour les inégalités à laquelle — si la solidarité doit conserver un quelconque sens — on ne peut décidément pas s’associer. »

On peut lire aussi l’article de Denis Collin : Coup de barre à droite.
 

 
[Billet de Gilles]

Le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics. L’hôpital fonctionne bien, l’école fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d’une crise majeure — c’est ce que fait très bien Michel Camdessus — mais sans paniquer les gens, car à ce moment-là, ils se recroquevillent comme des tortues.
   — Renaud Dutreil, le 20 octobre 2004, lors d’un débat organisé par la Fondation Concorde¹.
 
Deux remarques. Il est révélateur que le ministre de la Fonction Publique fréquentait un groupe qui prône « la naissance d’une société privilégiant l’initiative privée »² et trois ans avant l’élection du président, ce qui montre que les idées actuelles proposées par le gouvernement ne sont pas une réponse aux problèmes actuels, mais l’application d’idées toutes faites. Autrement dit, la poursuite d’une idéologie. On peut lire aussi, clairement énoncé sur la page de présentation, un autre leitmotiv cher à la Droite : « Parmi les pays développés la France a un retard évident sur nos principaux concurrents concernant la participation de la société civile au renouvellement des idées. » Mais il est évident pour moi, qui suis étranger à la France, qu’au contraire la société civile française suit de près toutes les idées pas si nouvelles servies aux citoyens par la Droite dans les discours, les médias, etc. et souvent en voit très bien l’inapplicabilité.

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1. Renaud Dutreil était alors Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme de l’État. La Fondation Concorde est un think-tank ultra-libéral, « initiative de militants et de patriotes conscients de l’éloignement de notre société des méthodes de gestion qui font partout la richesse des pays concurrents ». Les propos de Renaud Dutreil avaient été rapportés par Charlie Hebdo, cité par Betapolitique, qui reproduit la totalité de l’intervention du ministre.
2. Fondation Concorde, Présentation (sur leur site).
 

Chute libre

4 mai 08 at 20:46 | In Billets d'humeur, |Françoise | 12 Comments

 
Il y a, d’un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l’autre côté ceux qui, n’ayant, ne possédant que leur force travail et ne pouvant l’utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d’intérêts, c’est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire, et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance. Voilà donc le premier élément de la lutte de classe. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c’est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien ! comme ici il s’agit des moyens de travailler et, par conséquent des moyens de vivre, il s’agit de ce qu’il y a pour les hommes d’essentiel, de fondamental, il s’agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe la division d’une société en possédants et en non-possédants n’est pas superficiel ; il va jusqu’aux racines mêmes de la vie.
   — Jean Jaurès, discours à Lille le 26 novembre 1900.
 

Chute
© F.

Pour bien apprécier la chute libre s’équiper d’un parachute est fortement recommandé.

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Selon un sondage CSA des 29 et 30 Avril 2008 : 57% des Français ne font pas confiance au chef de l’État (une chute de 3 points) et ils sont 51% à ne pas faire confiance au premier ministre (une chute de de 7 points).

Toujours selon le CSA (dans un sondage du samedi 3 Mai) les Français sont 62% à penser que la France va traverser une grave crise, 55% ne souhaitent pas que Mʳ Sarkozy se représente en 2012. 52% des Français estiment qu’en 2012 leur situation sera moins bonne, 68% que leur pouvoir d’achat aura baissé, et 64% pensent que la société française sera plus divisée qu’aujourd’hui.
 
Nous n’avions pas besoin des multiples « réformes » entreprises pour éviter un soi-disant déclin. Il est clair que le déclin arrive avec la poursuite des « réformes » qui sont autant de façons de démolir tout ce qui faisait « l’exception française ».

Ce qu’à entrepris Mʳ Sarkozy est la poursuite accélérée de l’alignement de la France sur l’un des pires modèles de société que l’on puisse trouver : le modèle capitaliste américain¹. C’est la poursuite du processus engagé par Alain Juppé, poursuivi par Lionel Jospin², accéléré par Messieurs Raffarin et De Villepin.

Alignement également de la politique française sur les États-Unis, au nom d’une « lutte contre le terrorisme » qui tue des milliers, des millions d’innocents : retour dans l’OTAN, envoi de renforts en Afghanistan. Sans parler du « tout-sécuritaire » en France à la mode anglo-saxonne.
 
La France, grâce à Mʳ Sarkozy, a perdu sa réputation de terre d’accueil. Sa politique de l’immigration est une honte pour notre pays. Les paroles de Mʳ Sarkozy (et celles de Mʳ Hortefeux³) sur les Africains, celles qu’il a prononcé récemment en Tunisie³, rappellent le bon vieux paternalisme colonial du XIXᵉ siècle. Tout ceci risque de conduire à une recrudescence de la xénophobie, du racisme, et à des comportements agressifs contre les étrangers.

Mʳ Sarkozy aura réussi, en un an, à désespérer la majorité des Français. Qu’éprouvent, aujourd’hui, tous ceux qui ont voté pour lui, pensant qu’il allait faire des miracles ? Tous ceux qui ont pensé qu’ils élisaient l’homme providentiel ? Tous ceux-là se sentent-ils trahis ? Si cela est, ils se sont trahis eux-mêmes. Oubliant « le Mʳ Sarkozy d’avant », ils se sont laissés prendre aux flamboyants discours-fleuves, aux promesses, au je veux, moi je, tout est possible d’un homme dont la seule ambition n’est pas de servir la France mais de se servir de la France pour sa gloire, son profit et celui de ses « amis ».

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1. Un article de Marianne, qui vaut d’être lu en son entier :
« Dans Le salarié jetable, Louis Uchitelle, journaliste américain décrit un capitalisme à courte vue […] une économie qui va dans le mur à toute vitesse. Au fil de ces entretiens avec des salariés victimes de dégraissages et des descriptions pointues de la politique fédérale de l’emploi, on comprend que la France n’est plus très éloignée de ce sinistre tableau. Celui d’un système économique maîtrisé par des entreprises toutes-puissantes, agissant au nom de la productivité, au détriment des salariés, et finalement gravement contre-productif. »

2. « De 1997 à 2001 contrevenant à la déclaration commune PS-PC du 29 avril 1997 qui promettait pour France Telecom, Thomson et Air France, l’arrêt des privatisations il entreprend une série de privatisations ou d’ouverture aux capitaux privés : France Telecom, Thomson Multimédia, le GAN, le CIC, les AGF, Société marseillaise de crédit, RMC, Air France, Crédit lyonnais, Eramet, Aérospatiale-Matra, EADS Banque Hervet. Il déçoit également de nombreux sympathisants de la gauche à propos de l’usine Renault de Vilvoorde en Belgique (bien que manifestant quelques mois plus tôt contre la fermeture, il ne put stopper le processus). » (Wikipédia)

3. Voir les excellents articles de Plume de Presse :
Sarkozy : les peuples méditerranéens ni imaginatifs, ni courageux
Sarkozy en Tunisie : nouveau discours raciste.

Et le non moins excellent article White is white… chez Posuto.

Voir le billet Peut mieux faire.

N.B. Travailler plus pour gagner plus, réhabiliter le travail, faire baisser le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, etc. Ah ! Les belles formules… creuses.

Il faut lire Analyse : la généralisation de l’emploi précaire de Florence Jany-Catrice, membre du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), sur le site Contre Info. Et celui d’Hervé Nathan, Sarkozy, le Gribouille de l’économie, sur Marianne.
 

Des droits ? Quels droits ?

1 mai 08 at 20:58 | In Actualité, |Françoise | 15 Comments

Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle d’abominables tragédies et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons.
   — Nicolas Sarkozy, le 28 Avril 2008.

On a beaucoup reproché à Mr Sarkozy de ne pas assez défendre les Droits de l’Homme. Mais n’a-t-il pas raison de ne pas s’ériger en donneur de leçons, quand on sait comment en France, depuis plusieurs années, les Droits de l’Homme sont respectés ?
 
La Cimade (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Évacués) a pour vocation de venir en aide aux étrangers.

Extraits du rapport 2007 :

« La Cimade exerce depuis 1985 une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative. D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une mission d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues. Présents dans les 22 centres de rétention de métropole et dans ceux de la Guyane et de Mayotte, ainsi que dans plusieurs dizaines de locaux de rétention, les salariés et bénévoles de l’association rencontrent quotidiennement les étrangers — plus de 35 000 en 2007 — placés dans ces lieux d’enfermement. »

« […] le respect des droits et de la dignité des migrants et des personnes privées de liberté est une question de société, parce que c’est à cette aune que se mesure l’état d’une démocratie, il est essentiel que les conditions matérielles de rétention des étrangers comme les conditions dans lesquelles ils peuvent ou non exercer leurs droits soient publiques. Les évolutions législatives, les pratiques administratives, policières, leurs conséquences concrètes sur la vie de milliers de femmes et d’hommes doivent être connues et débattues. »

« […] depuis 2003, nous assistons à l’industrialisation du dispositif d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. À l’allongement de la durée de rétention (de 12 à 32 jours), à la multiplication du nombre et de la taille des centres (786 places en 2003, 1700 fin 2007) se sont ajoutés les effets dévastateurs des quotas chiffrés d’expulsion, imposés annuellement à chaque préfecture, hier par le ministère de l’Intérieur¹, aujourd’hui par celui de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire². En 2007, nous avons constaté la poursuite de cette logique du chiffre. La pression installée par les objectifs chiffrés d’expulsion conduit les services de police à procéder à de plus en plus d’interpellations avec des méthodes souvent contestables. Interpellations à domicile, rafles, contrôles d’identité justifiés par des prétextes dérisoires (traversée en dehors des clous, crachat sur la voie publique, etc.) masquant mal la réalité de contrôle au faciès. La chute du jeune Ivan à Amiens à l’été 2007, qui tentait d’échapper à une interpellation à domicile, la défenestration puis le décès de Chulan Zhang Liu, ressortissante chinoise, à Belleville le 21 septembre 2007, le suicide par pendaison le 15 février 2008 de John Maina, un Kenyan de 20 ans, après avoir appris le rejet de sa demande d’asile, comme la mort le 4 avril 2008 de Baba Traoré, âgé de 29 ans qui, poursuivi par la police, s’est jeté dans la Marne à Joinville-le-Pont, montrent à quels drames conduit l’instauration d’un tel climat de peur. Les services administratifs confrontés à une obligation de résultat appliquent la loi d’une manière de plus en plus mécanique et sous un angle plus répressif ne leur permettant souvent plus de mesurer la réalité des situations humaines derrière les dossiers. »

« […] Malgré des améliorations sur le plan des conditions matérielles qui en viendraient presque à banaliser l’enfermement, ces centres sont de plus en plus grands, d’aspect toujours plus carcéral avec la multiplication des caméras de surveillance, des portes automatiques réduisant au minimum le contact humain. Nous y rencontrons de plus en plus d’étrangers pour qui la privation de liberté et la perspective d’une expulsion sont inacceptables et insupportables. Conjoints de Français, malades, vieillards, futurs parents d’enfants Français, mineurs, demandeurs d’asile craignant pour leur vie, touristes, résidents réguliers dans un autre pays européen, jeunes majeurs, doubles peines… L’inventaire en est impossible mais chacune de ces histoires mériterait d’être racontée. »

« […] Au mois d’octobre 2007, le placement en rétention d’un nourrisson de 3 semaines au centre de rétention de Rennes est venu illustrer à nouveau l’inhumanité de l’enfermement des familles et des mineurs. À cette occasion la cour d’appel de Rennes a pour la première fois affirmé et reconnu qu’une telle décision constituait un traitement inhumain et dégradant au sens de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l’Homme. Cette décision de justice n’a pourtant pas mis fin à cette pratique. En 2007, 242 enfants de tous âges sont passés derrière les grilles et les barbelés des centres de rétention français. Nous ne pouvons une nouvelle fois que dénoncer la violence qui est ainsi faite à ces enfants et à leur famille, interpellés le plus souvent chez eux au petit matin avant d’être conduits aux côtés de leurs parents menottés et enfermés dans les CRA [Centres de rétention administrative] désormais habilités à les recevoir. Le traumatisme infligé à ces enfants, parfois déjà marqués par une histoire difficile dans leur pays d’origine, est injustifiable. Aucun objectif politique ne peut expliquer que l’on place ainsi des mineurs derrière des barreaux. »

« […] À la politique générale prônée par le ministère de l’Immigration vient donc s’ajouter de la démesure dans les méthodes employées à Paris et ailleurs pour atteindre le nombre attendu d’expulsions. Cette fuite en avant est alarmante et ne peut que provoquer de nouveaux accidents graves. Indépendamment de l’opinion que l’on peut porter sur la politique d’immigration actuelle, une chose est certaine : les méthodes employées créent de la souffrance, des drames supplémentaires. Elles peuvent et doivent être changées sans attendre. »

« […] Le durcissement de la politique menée en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière et le renforcement du dispositif d’enfermement administratif des étrangers en France, se conjuguent avec une tentative d’harmonisation des normes qui encadrent la privation de liberté des étrangers en Europe. Un projet de directive est en effet en cours d’examen au sein des instances européennes. Pudiquement dénommé directive retour il vise à établir des normes encadrant la rétention et l’expulsion des étrangers non admis à séjourner sur le territoire européen. Cette harmonisation est aujourd’hui, au vu du contenu du texte, une harmonisation vers le bas, c’est-à-dire un alignement sur les dispositions les plus restrictives actuellement en vigueur dans les états membres de l’UE. Avant même d’aborder les éléments les plus alarmants de ce projet, il faut souligner que les états membres ont souhaité commencer par harmoniser leurs législations sur le volet répressif, à savoir, les conditions d’enfermement et d’expulsion, avant de mener une réflexion sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers sur leur sol. Ce choix étrange et révélateur pose une première question : à qui vont s’appliquer ces mesures concernant le séjour illégal en Europe à partir du moment où il n’y a pas de définition européenne du séjour légal ? »

« […] Le projet prévoit également une durée maximale de rétention de 18 mois. Nous constatons quotidiennement combien il est difficile pour les étrangers placés en rétention administrative en France de supporter une privation de liberté qui peut aller jusqu’à 32 jours. L’enfermement mais aussi l’angoisse d’une possible expulsion conduisent de plus en plus souvent à des mouvements de colère et à des gestes de désespoir. Tentatives d’incendie, grèves de la faim, automutilations, tentatives de suicide sont presque quotidiens. Un récent rapport réalisé à la demande du Parlement européen sur les conditions de rétention dans l’ensemble des pays européens montre à quel point l’enfermement des migrants, qui ont bien souvent connus des épreuves extrêmement difficiles dans leur pays d’origine ou pendant leur parcours de migration, est pathogène. Prolonger cette durée jusqu’à 18 mois nous paraît inimaginable. Aucun objectif politique ne peut justifier d’infliger ce traitement à des personnes déjà fragilisées et dont l’unique délit est d’avoir voulu chercher en Europe une protection ou tout simplement l’espoir d’une vie meilleure. »

« […] Il ne s’agit plus alors d’organiser l’éloignement d’étrangers irréguliers, mais d’installer un internement administratif qui est à la fois une sanction et un moyen de mettre à l’écart des êtres humains jugés indésirables. Si un tel texte était adopté en l’état il conduirait en réalité, en Europe, à faire de l’enfermement un mode de gestion des populations migrantes. »

« […] Fin décembre 2007, la France comptait 1693 places de rétentions contre 969 en 2004 et 1443 en 2006. Cela représente une augmentation de plus de 42% par rapport à 2004, et 14,77% par rapport à 2006. […] Depuis la réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) en novembre 2003, le gouvernement a affiché sa volonté de multiplier le nombre d’éloignements effectifs. Cette volonté se traduit par la création ou l’agrandissement des centres de rétentions. La pression gouvernementale est particulièrement forte sur les préfectures depuis plusieurs années et surtout depuis que des objectifs chiffrés d’expulsion ont été fixés dans chaque département. Les étrangers ne sont donc plus des personnes à part entière, qui doivent légitimement ou pas être éloignées, mais des quantités numériques au service d’une logique politique absurde. »

« […] La législation française protège tout mineur contre une mesure d’éloignement du territoire. Un enfant, en tant que tel, ne peut être expulsé. Pourtant de nombreux enfants sont placés chaque année en rétention. […] Les enfants ne peuvent être privés de liberté, assister à l’arrestation de leurs parents et être confrontés à la violence des lieux d’enfermement sans que cela ait des conséquences physiques et psychiques. »

« […] La politique du chiffre conduit les services préfectoraux à privilégier le placement en rétention et cela au mépris de l’examen individuel des situations. Nous avons ainsi été confrontés cette année à la multiplication de placements et de maintiens en rétention de personnes dont la situation ne relevait pas des catégories de personnes pouvant y être légalement placées ou maintenues. Une telle pression conduit à des placements absurdes³ et à des maintiens arbitraires. »

« […] à ces placements absurdes se sont ajoutés cette année plusieurs maintiens arbitraires susceptibles de constituer de véritables voies de fait de l’autorité préfectorale. »

__________
1. Le ministre de l’Intérieur en 2003 était Mr Sarkozy. Il fut également ministre de l’Intérieur de 2005 à 2007.
2. Ministère créé par Mr Sarkozy en 2007, le ministre actuel est Mr Hortefeux.
3. Le rapport signale à ce sujet : […] Quatre Français (à notre connaissance) ont été placés en rétention. Trois ont été remis en liberté en moins d’une semaine et le dernier juste avant la seconde comparution devant le juge des libertés et de la détention (JLD). Nous disions plus haut que la course au chiffre pouvait conduire à certaines dérives. Le maintien en rétention de ces 4 Français en est un exemple éloquent.

N.B. On peut lire l’historique de la Cimade.

On peut lire le rapport complet en document PDF (le chargement est un peu long).

Il faut lire aussi cet article, que je viens de découvrir aujourd’hui dimanche 3 Mai 2008 : Sans-papiers : réouverture de la chasse aux couples.
 

Paradoxe Américain

30 avril 08 at 0:39 | In Actualité, |Gilles | 31 Comments

Une grande partie de la classe politique des États-Unis semble subjuguée par la droite évangélique. On s’attendrait que ceux qui aspirent à diriger le plus puissant état du monde aient un esprit éclairé, mais c’est le contraire. Voici par exemple la sénatrice Clinton qui dramatise beaucoup sa visite en Bosnie (fin Février 1996), qui se montre militariste (elle prétend que le Congrès n’avait pas toutes les informations en mains à l’époque et qu’elle voterait contre la guerre d’Irak, maintenant, alors que D. de Villepin était mieux informé), et capitaliste (sa fortune est évaluée à environ 100 millions de dollars). De plus, si Hillary Clinton est dévote, elle n’est pas la seule ! L’Armée des États-Unis tolère sinon encourage, la propagande évangélique auprès des soldats. L’Armée de l’Air semble particulièrement favorable à cette propagande ; voyez cette cathédrale construite sur les terrains de l’Académie militaire de Colorado Springs.
 
De son côté, John McCain tente de faire croire que Barack Obama fréquente des terroristes (ou qu’il a le « soutien » du Hamas, comme si celui-ci avait le droit de vote à l’élection présidentielle américaine), alors que celui-ci a simplement émis l’idée que toutes les parties concernées devraient s’asseoir à la même table. Mais, le sénateur Obama a reculé depuis, allant même jusqu’à réprouver les initiatives de Jimmy Carter, sous la pression de la droite. Et ses politiques en ce qui concerne la Défense ne sont pas très différentes de celles des Républicains ; de même pour son soutien à Israël, mais, ce soutien ne semble pas encore assez ferme, aux yeux de Arutz Sheva.
 
À mon avis, tout cela confirme deux choses. La personnalité et les idées (ou l’appartenance soit au parti Démocrate soit au parti Républicain) du président importent peu, la politique étrangère des États-Unis semble posséder une sorte d’autonomie qui l’engage toujours dans le même sens : la domination. Et, le système politique américain admet que les entreprises fassent valoir leurs intérêts auprès des membres du Congrès, par l’intermédiaire des PAC (Comité d’Action Politique, qui peuvent recevoir les contributions des entreprises en plus de celles des individus). De même pour les lobbies (groupes d’intérêts), qui ont dépensé plus de 2 milliards de dollars (chiffres de 2004) afin de faire valoir leurs intérêts auprès du Congrès, en toute légalité. Ainsi on peut imaginer sans peine qui sont ceux qui possèdent les moyens de se faire entendre efficacement après l’élection, compte tenu du niveau très élevé du coût d’une campagne électorale, aux États-Unis.
 
Le mélange de la religion (je parle de la sorte de religion qu’on rencontre aux États-Unis, fondamentaliste et mercantile tout à la fois) et de la puissance militaire avec le conformisme social (et l’anti-intellectualisme) m’apparaît en contradiction avec l’autre visage des États-Unis : l’excellence dans la recherche scientifique (CalTech, la NASA, le MIT, et plus de 304 prix Nobel sur 797 décernés à ce jour), l’esprit d’entreprise, l’innovation technologique, la générosité. Ce qui me déçoit, c’est que les candidats à cette élection semblent s’adresser surtout au plus inquiétant de ces deux visages.
 

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