1813
28 décembre 07 at 21:37 | In Actualité, Billets d'humeur, |Françoise |Le processus de la production capitaliste est dominé par le profit. Pour chaque capitaliste la production n’a de sens et de but que si elle lui permet d’empocher tous les ans un « bénéfice net », c’est-à-dire le profit qui subsiste après déduction des frais de renouvellement du capital.
— Rosa Luxemburg, in Critique des critiques.
Tout individu humain a droit à l’entière croissance. Il a donc le droit d’exiger de l’humanité tout ce qui peut seconder son effort. Il a le droit de travailler, de produire, de créer, sans qu’aucune catégorie d’hommes soumette son travail à une usure et à un joug.
— Jean Jaurès, in Le Socialisme et la Vie (1901).
Je souhaite une meilleure répartition des richesses pour qu’une plus juste part en soit donnée aux salariés. [...] Il faut que les entreprises se soucient des salaires de tous et pas seulement des stocks options de quelques-uns. Il faut que les entreprises qui font plus de profits distribuent aussi plus de salaires. [...]
Vous le savez, nous nous sommes également fixé un objectif ambitieux de réduction de la pauvreté d’un tiers sur la durée du quinquennat. Pendant trop longtemps, on a considéré la pauvreté comme un statut dans lequel les gens devaient vivre le moins mal possible. C’est inacceptable. Pour lutter contre l’exclusion et la pauvreté, je veux qu’on s’attaque enfin à leurs causes.
— Nicolas Sarkozy, rencontre avec les partenaires sociaux, le 19 décembre 2007.
1813

© F.
Pourquoi 1813 ? Parce que c’est l’année où fut pour la première fois réglementé le travail. Quand la Révolution Industrielle commence à la fin XVIIIe siècle en Angleterre puis s’étend à toute l’Europe, il n’y a pas de réglementation du travail.
On travaille alors en moyenne 70 heures par semaine, mais il n’est pas rare que l’on travaille 12 heures, voire 16 heures par jour, et cela six ou sept jours par semaine. La paye d’une personne ne suffit pas à faire vivre une famille, femmes et enfants doivent travailler aussi. Les ouvriers se sont petit à petit organisés. Les syndicats ont fait leur apparition. Il y eut des grèves, toujours durement réprimées. Finalement, non sans peine, le travail a été réglementé par la loi.
Voici les principales dates de la législation du travail en France, jusqu’en 1936 :
1813 : Décret interdisant le travail dans les mines des enfants âgés de moins de 10 ans.
1841 : La loi fixe à 8 ans l’âge d’admission des enfants dans les entreprises industrielles et interdit leur emploi à un travail de nuit ou dangereux. La journée de travail est limitée à 12 heures pour les enfants de 12 à 16 ans et à 8 heures pour les enfants de 8 à 12 ans.
1864 : Le droit de grève est reconnu.
1874 : Création de l’Inspection du travail. Limitation de la journée de travail des salariés à 12 heures et des enfants de 12 ans à 6 heures.
1884 : Reconnaissance de la « liberté d’association professionnelle » (c’est le droit de former un syndicat).
1892 : Limitation de la journée de travail à 11 heures pour les femmes et les enfants de 16 à 18 ans, à 10 heures pour les enfants de 13 à 16 ans. Interdiction du travail des enfants de moins de 13 ans.
1906 : Droit à un repos hebdomadaire.
1919 : La durée de la journée de travail est fixée à 8 heures, soit 48 heures par semaine.
1936 : Droit aux congés payés. La durée de travail hebdomadaire est limitée à 40 heures de travail effectif (38 heures et 40 minutes dans les mines).
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Il m’a semblé important de rappeler tout cela. En effet, pendant qu’on nous amuse avec les histoires de cœur de Mʳ Sarkozy, pendant qu’il étale sans vergogne « luxe et volupté », le travail de démolition de nos acquis sociaux continue.
En Novembre de cette année, Mᵐᵉ Parisot disait :
Le pouvoir d’achat est une résultante d’une croissance au niveau minimum. Donc, la vraie question n’est pas comment je contribue à ce qu’il y ait plus de pouvoir d’achat, mais comment je contribue à ce qu’il y ait plus de croissance. Pour moi, il y a deux axes principaux à travailler : comment on fait pour baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises, c’est prioritaire, et deuxième chose, n’est-il pas temps d’aller plus loin sur la question de la durée du travail ? Je me demande s’il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail.
Cela fait des années qu’on baisse les prélèvements sur les entreprises. On nous a dit d’abord que cela permettrait de réduire le chômage en facilitant les embauches. Maintenant on nous dit que c’est indispensable pour « faire de la croissance », et que la « croissance » donnera du pouvoir d’achat. Cela n’a pas de sens. Les seuls à profiter de la croissance sont les entrepreneurs. Pour que le pouvoir d’achat augmente il faudrait que ces mêmes entrepreneurs augmentent les salaires, pour faire baisser le chômage de façon substantielle et augmenter le pouvoir d’achat, il faudrait qu’ils embauchent des salariés à plein temps. Mais cela n’est pas dans les projets. Le Medef s’est prononcé contre l’augmentation du Smic et des retraites notamment, et a incité la dernière réforme des retraites qui va encore contribuer à l’appauvrissement général. La grande antienne de Mᵐᵉ Parisot c’est produire plus en travaillant plus. Mais en rétribuant moins le travail. Comment ne pas se rendre compte, le simple bon sens me semble-t-il y suffirait, qu’à la longue appauvrir la majorité des gens est « contre-productif » ? Produire quoi et pour qui ? Si l’on n’a pas les moyens d’acheter ? Les choses étant ce qu’elles sont, les priorités de la majorité des Français, ce n’est pas l’acquisition d’une xième voiture, d’une cinquième télévision, de trois manteaux de fourrure, etc. Les priorités c’est de pouvoir manger correctement, payer le loyer, le gaz, l’électricité, le fuel, l’essence, les soins et les médicaments, c’est finir le mois sans avoir de « trou dans le budget ».
Le vœu de Mᵐᵉ Parisot faisait hier réfléchir Mʳ Fillon : Dans une lettre aux syndicats et au patronat, François Fillon a précisé aujourd’hui son intention de parvenir « à un droit de la durée du travail plus adaptable ».
La nuit portant conseil, aujourd’hui Mʳ Fillon ne réfléchit plus, il envisage finalement la suppression de la durée légale du travail : Dans un courrier adressé, mercredi, aux organisations syndicales et patronales, François Fillon se demande « à quelles conditions de validité devrait être soumis un accord d’entreprise pour qu’il puisse librement déterminer les règles applicables en matière de durée du travail […] : seuil de déclenchement des heures supplémentaires, taux de majoration applicables […] ». Autrement dit : comment supprimer la durée légale du travail, seuil à partir duquel sont comptabilisées les heures supplémentaires — et leur majoration à 25% — en renvoyant sa détermination non plus à la loi, mais à la négociation d’entreprise. […] Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui voit dans cette proposition « la reprise quasi in extenso de la revendication du Medef », considère cette éventualité comme le début « d’une révolution du droit social en France ». Aucune raison, explique-t-il à Libération, de ne pas déroger ensuite, par accord d’entreprise, au Smic ou à d’autres règles applicables à tous du droit du travail, pour aboutir à « un dumping social généralisé, à une concurrence entre entreprises sur des critères sociaux ».
D’autres centrales syndicales font aussi remarquer que la fixation de la durée légale du travail à un niveau plus élevé que 35 heures serait également un bon moyen pour le gouvernement de faire des économies… en rognant sur une de ses propres lois votée en août et en grande pompe. En effet, les heures travaillées au-delà de la trente-cinquième heure ne seraient plus considérées comme des heures supplémentaires, elles ne bénéficieraient donc plus du régime de la loi TEPA [loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat] et des avantages qui y sont attachés : exonérations de cotisations sociales et défiscalisation.
Mais Mᵐᵉ Parisot nous l’assure : Supprimer la durée du travail, ce n’est certainement pas tomber dans je ne sais quelle forme d’esclavagisme.
Ouf ! Je suis rassurée ! Pas vous ?
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N.B. On peut lire sur Vacarme un entretien avec Sophie Béroud, sociologue, et Stéphane Sirot, historien : Du destin à l’histoire : transformations de la grève en France.
7 commentaires »
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Nan, mais c’est quoi ces ouvriers qui veulent tout le temps rentrer chez eux ! Ce n’est pas comme ça qu’on battra les Chinois !

Commentaire par Monsieur Poireau — 29 décembre 07 #
Si si, on y arrivera, avec la politique actuelle on aura autant de démocratie, et on travaillera pour rien.
Commentaire par Françoise — 29 décembre 07 #
En complément, allez donc jeter un oeil sur la vidéo Gérard Filoche : le Code du Travail est en danger.
jf.
Commentaire par jacques — 31 décembre 07 #
Merci beaucoup pour le lien.
J’avais signalé dans un billet un article de Gérard Filoche sur le Code du Travail.
Commentaire par Françoise — 31 décembre 07 #
Yep, bonne année à toi et bon billet ma foi…
Quant à la vie d’en haut…
Commentaire par skalpa — 31 décembre 07 #
Hors-sujet mais… très bonne année à vous deux. Que 2008 soit une année blouguesque, où vous continuerez à faire plaisir à vos lecteurs. Dont un insecte à l’esprit mal tourné, toujours enchanté de venir ici.
Bonne année
Commentaire par Le Charançon Libéré — 31 décembre 07 #
@ Skalpa,
Merci de tes bons vœux, et du compliment. Bonne Année à toi aussi.
@ Charançon,
Ton hors-sujet est très gentil.
Au plaisir de te lire durant tout l’année nouvelle.
Bonne Année !
Commentaire par Françoise — 31 décembre 07 #