Chute libre
4 mai 08 at 20:46 | In Billets d'humeur, |Françoise |
Il y a, d’un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l’autre côté ceux qui, n’ayant, ne possédant que leur force travail et ne pouvant l’utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d’intérêts, c’est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire, et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance. Voilà donc le premier élément de la lutte de classe. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c’est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien ! comme ici il s’agit des moyens de travailler et, par conséquent des moyens de vivre, il s’agit de ce qu’il y a pour les hommes d’essentiel, de fondamental, il s’agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe la division d’une société en possédants et en non-possédants n’est pas superficiel ; il va jusqu’aux racines mêmes de la vie.
— Jean Jaurès, discours à Lille le 26 novembre 1900.

© F.
Pour bien apprécier la chute libre s’équiper d’un parachute est fortement recommandé.
__________
Selon un sondage CSA des 29 et 30 Avril 2008 : 57% des Français ne font pas confiance au chef de l’État (une chute de 3 points) et ils sont 51% à ne pas faire confiance au premier ministre (une chute de de 7 points).
Toujours selon le CSA (dans un sondage du samedi 3 Mai) les Français sont 62% à penser que la France va traverser une grave crise, 55% ne souhaitent pas que Mʳ Sarkozy se représente en 2012. 52% des Français estiment qu’en 2012 leur situation sera moins bonne, 68% que leur pouvoir d’achat aura baissé, et 64% pensent que la société française sera plus divisée qu’aujourd’hui.
Nous n’avions pas besoin des multiples « réformes » entreprises pour éviter un soi-disant déclin. Il est clair que le déclin arrive avec la poursuite des « réformes » qui sont autant de façons de démolir tout ce qui faisait « l’exception française ».
Ce qu’à entrepris Mʳ Sarkozy est la poursuite accélérée de l’alignement de la France sur l’un des pires modèles de société que l’on puisse trouver : le modèle capitaliste américain¹. C’est la poursuite du processus engagé par Alain Juppé, poursuivi par Lionel Jospin², accéléré par Messieurs Raffarin et De Villepin.
Alignement également de la politique française sur les États-Unis, au nom d’une « lutte contre le terrorisme » qui tue des milliers, des millions d’innocents : retour dans l’OTAN, envoi de renforts en Afghanistan. Sans parler du « tout-sécuritaire » en France à la mode anglo-saxonne.
La France, grâce à Mʳ Sarkozy, a perdu sa réputation de terre d’accueil. Sa politique de l’immigration est une honte pour notre pays. Les paroles de Mʳ Sarkozy (et celles de Mʳ Hortefeux³) sur les Africains, celles qu’il a prononcé récemment en Tunisie³, rappellent le bon vieux paternalisme colonial du XIXᵉ siècle. Tout ceci risque de conduire à une recrudescence de la xénophobie, du racisme, et à des comportements agressifs contre les étrangers.
Mʳ Sarkozy aura réussi, en un an, à désespérer la majorité des Français. Qu’éprouvent, aujourd’hui, tous ceux qui ont voté pour lui, pensant qu’il allait faire des miracles ? Tous ceux qui ont pensé qu’ils élisaient l’homme providentiel ? Tous ceux-là se sentent-ils trahis ? Si cela est, ils se sont trahis eux-mêmes. Oubliant « le Mʳ Sarkozy d’avant », ils se sont laissés prendre aux flamboyants discours-fleuves, aux promesses, au je veux, moi je, tout est possible d’un homme dont la seule ambition n’est pas de servir la France mais de se servir de la France pour sa gloire, son profit et celui de ses « amis ».
__________
1. Un article de Marianne, qui vaut d’être lu en son entier :
« Dans Le salarié jetable, Louis Uchitelle, journaliste américain décrit un capitalisme à courte vue […] une économie qui va dans le mur à toute vitesse. Au fil de ces entretiens avec des salariés victimes de dégraissages et des descriptions pointues de la politique fédérale de l’emploi, on comprend que la France n’est plus très éloignée de ce sinistre tableau. Celui d’un système économique maîtrisé par des entreprises toutes-puissantes, agissant au nom de la productivité, au détriment des salariés, et finalement gravement contre-productif. »
2. « De 1997 à 2001 contrevenant à la déclaration commune PS-PC du 29 avril 1997 qui promettait pour France Telecom, Thomson et Air France, l’arrêt des privatisations il entreprend une série de privatisations ou d’ouverture aux capitaux privés : France Telecom, Thomson Multimédia, le GAN, le CIC, les AGF, Société marseillaise de crédit, RMC, Air France, Crédit lyonnais, Eramet, Aérospatiale-Matra, EADS Banque Hervet. Il déçoit également de nombreux sympathisants de la gauche à propos de l’usine Renault de Vilvoorde en Belgique (bien que manifestant quelques mois plus tôt contre la fermeture, il ne put stopper le processus). » (Wikipédia)
3. Voir les excellents articles de Plume de Presse :
Sarkozy : les peuples méditerranéens ni imaginatifs, ni courageux
Sarkozy en Tunisie : nouveau discours raciste.
Et le non moins excellent article White is white… chez Posuto.
Voir le billet Peut mieux faire.
N.B. Travailler plus pour gagner plus, réhabiliter le travail, faire baisser le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, etc. Ah ! Les belles formules… creuses.
Il faut lire Analyse : la généralisation de l’emploi précaire de Florence Jany-Catrice, membre du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), sur le site Contre Info. Et celui d’Hervé Nathan, Sarkozy, le Gribouille de l’économie, sur Marianne.
12 commentaires »
Flux RSS des commentaires de cet article.
Laisser un commentaire
Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.
Merci pour la citation.
Commentaire par Olivier B. — 5 mai 08 #
Il n’y a pas de quoi. Les bonnes “feuilles” méritent lecture.
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #
À la recherche Google : sarkozy + fou : 419 000 réponses !
Et de nombreux articles d’avant son élection, dont certains par des gens qui se cataloguent “de droite” !
C’est la même sensation que dans une montagne russe : ça dévale à toute vitesse, tout le monde a peur ! Malheureusement, à la fin, plus de rail, on va s’écraser !
On rit, mais jaune…
Commentaire par totolezheros — 5 mai 08 #
Toto,
Je ne crois pas que Mr Sarkozy soit fou. Il a engagé une politique de droite (et par certains aspects une politique d’extrême-droite : immigration, sécurité…), qu’il poursuit et poursuivra si rien ne vient l’en empêcher parce qu’il est là pour ça. Soutenu par tous ceux qui ont le pouvoir de l’argent.
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #
La Droite a toujours eu peur de ce qui est étrange et étranger ; la sculpture abstraite, la science de pointe, l’architecture expérimentale, la musique moderne, les civilisations africaine, asiatique, moyen-orientale ; en un mot du désordre. Et donc, des poètes, des ouvriers et des immigrants.
Commentaire par Gilles — 5 mai 08 #
Alors le Peuple lui est étrange et étranger… Il faut donc le supprimer.
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #
Françoise
Travailler plus pour gagner plus, réhabiliter le travail, faire baisser le chômage, augmenter le pouvoir d’achat… cela aurait pu être un défi de taille à relever pour une société comme la France. Mais il y a des limites à vouloir réformer. Une réforme qui devient une révolution de fond en comble a de quoi heurter, bousculer et troubler tout un peuple. Et pire. Mener de front, sans les hiérarchiser, ces révolutions de fond doit bien mener impitoyablement vers de grandes déceptions. La première réforme - la réforme des réformes - que souhaitait le peuple français était l’élévation du pouvoir d’achat. Quoi de plus normal ? Et c’est sur cette réforme que le gouvernement a le plus tergiversé, allant d’approximations en petits mensonges (Les caisses sont vides!). Voilà maintenant les résultats de cet immense gâchis.
Pierre R. Chantelois
Commentaire par Pierre Chantelois — 5 mai 08 #
Pierre,
Si encore cette “révolution” était au bénéfice du Peuple, mais rien de cela.
Travailler plus pour gagner plus, réhabiliter le travail, faire baisser le chômage, augmenter le pouvoir d’achat… Ce ne sont que des slogans de campagne électorale.
Travailler plus ? Combien d’heures par mois, et pour quel salaire ? C’est le “travail précaire” qui se multiplie. Réhabiliter le travail ? Les Français ne sont pas plus paresseux que d’autres. Faire baisser le chômage ? Toujours en proposant plus de “petits emplois”. Augmenter le pouvoir d’achat ? Mais surtout pas en augmentant les salaires les plus bas (alors que la première chose qu’à faites Mr Sarkozy a été de doubler le sien…).
Approximations, petits mensonges ? Quand on trompe tout un peuple, on est bien au-delà de ces “petites fautes”, non ? Le gâchis n’est pas pour tous. Certains, peu nombreux, s’y retrouvent fort bien.
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #
Françoise,
Force est de reconnaître, comme vous l’écrivez si bien, que le gâchis n’est pas pour tous. Certains s’y retrouvent confortablement installés.
Pierre R. Chantelois
Commentaire par Pierre Chantelois — 5 mai 08 #
Oui Pierre, et ce sont toujours les mêmes.
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #
Françoise
Dernière petite intervention : « Il est clair que si le projet révision constitutionnelle reste en l’état, si la réforme n’est pas amendée, transformée, je ne la voterai pas », a expliqué le député UMP, Bernard Debré, dans un entretien au Journal du dimanche. « La présence du président de la République à l’Assemblée nationale me semble complètement psychédélique et cette disposition risque d’abaisser la fonction présidentielle parce que le chef de l’Etat, en venant dans l’hémicycle, se fera huer par l’opposition, quel que soit le président, quelle que soit l’opposition ».
Pierre R.
Commentaire par Pierre Chantelois — 5 mai 08 #
Merci Pierre,
Je trouve la raison invoquée — éviter des huées au président — un peu légère…
Commentaire par Françoise — 5 mai 08 #